Cinq signaux de l'état de préparation à l'avenir : Ce que la Suisse peut apprendre de la plus grande étude européenne sur la transformation

Une analyse approfondie réalisée par l'Institut Fraunhofer pour l'ingénierie industrielle et l'organisation (IAO) offre une vision empirique sans précédent des raisons pour lesquelles certaines entreprises maîtrisent la transformation, tandis que d'autres se débattent.

Une étude détaillée de l'Institut Fraunhofer pour l'ingénierie industrielle et l'organisation (IAO) apporte un nouvel éclairage empirique sur ce qui permet à certaines entreprises de réussir leur transformation, alors que d'autres rencontrent des difficultés. Le Fraunhofer Transformation Index (FTI), basé sur l'évaluation de 250 000 articles scientifiques, publications industrielles et études de gestion, identifie 31 facteurs de réussite distillés en cinq signaux structurels. Bien que les études de cas examinées dans le rapport soient principalement allemandes - Würth, EBM-Papst, Läpple et Schunk notamment - les modèles sous-jacents sont universels et peuvent être appliqués directement aux entreprises suisses. Pour les entreprises suisses, les sociétés à moyenne capitalisation et les jeunes pousses à forte croissance, l'analyse agit comme un miroir ; pour les investisseurs, elle fournit une boussole supplémentaire pour évaluer la résilience à long terme.

Les mesures d'incitation, fondement du renouvellement stratégique

L'une des conclusions les plus claires concerne les structures d'incitation internes. La transformation a tendance à échouer non pas en raison d'un manque d'idées, mais parce que les modèles d'entreprise nouveaux et établis s'opposent. Un exemple frappant est celui de l'entreprise familiale allemande Würth, dont le chiffre d'affaires a atteint 20 milliards d'euros au cours de la dernière décennie. L'entreprise s'est attaquée à la tension de longue date entre les ventes sur le terrain et les canaux en ligne en harmonisant les systèmes de commissions dans tous les points de vente. En conséquence, les équipes de vente sont devenues des partisans de la numérisation plutôt que des opposants.

Une logique similaire est visible en Suisse. ABB, fournisseur mondial de technologies d'électrification et d'automatisation, oriente progressivement son capital vers des services basés sur des logiciels et des systèmes de contrôle numériques. Le groupe SIG, qui fabrique des équipements d'emballage et de remplissage en carton, oriente ses investissements vers des processus de production plus durables et optimisés sur le plan numérique. Bachem, l'un des principaux producteurs de peptides et d'oligonucléotides pour l'industrie pharmaceutique, étend sa capacité biotechnologique automatisée pour répondre à la demande mondiale croissante en matière de recherche et de développement thérapeutique.

La leçon est simple : les entreprises qui canalisent leur capital vers des sources futures de création de valeur augmentent structurellement leur vitesse de transformation.

Les partenariats, accélérateurs de renouveau

Un deuxième signal majeur concerne le rôle des partenaires extérieurs. L'entreprise allemande EBM-Papst, fabricant de ventilateurs et de technologies d'entraînement, illustre comment l'intégration dans des réseaux d'innovation peut accélérer le développement. L'entreprise travaille en étroite collaboration avec des start-ups, des spécialistes des logiciels et des groupes de recherche pour faire progresser de nouvelles solutions - notamment dans le domaine des systèmes de refroidissement pour les centres de données - plus rapidement que ne le permettrait le seul développement interne.

Le paysage suisse de l'innovation fonctionne selon le même principe. Le groupe pharmaceutique Roche fonde son programme de recherche et de développement sur un réseau mondial d'entreprises de biotechnologie, de groupes universitaires et de sociétés de données. Climeworks, l'une des start-up suisses les plus en vue dans le domaine de la technologie climatique, développe des projets d'élimination du CO₂ en collaboration avec des producteurs d'énergie, des entreprises chimiques et des consortiums de recherche internationaux. De jeunes entreprises technologiques telles que LatticeFlow et MaxWell Biosystems co-développent des produits avec des partenaires industriels, car les applications complexes de l'IA et des sciences de la vie ne peuvent atteindre la maturité commerciale que dans des cadres collaboratifs.

Pour la Suisse, cela conduit à une conclusion familière mais stratégiquement pertinente : la combinaison d'universités, de pôles industriels et d'entreprises à vocation internationale du pays favorise la transformation lorsque les partenariats sont considérés comme une composante à part entière du modèle d'entreprise.

Le leadership, facteur décisif

L'analyse Fraunhofer identifie le leadership comme le levier le plus puissant parmi tous les facteurs de réussite. Le leadership n'est pas une force symbolique mais structurelle : il détermine la cohérence avec laquelle le changement est défini et mis en œuvre, l'élan que peut prendre une entreprise et la rapidité avec laquelle les résistances peuvent être réduites.

L'exemple allemand de Läpple Automotive le démontre clairement. L'entreprise a renouvelé son modèle de leadership à plusieurs niveaux, s'éloignant des hiérarchies traditionnelles pour s'orienter davantage vers le coaching et les responsabilités de coordination. La transition a été soutenue par une formation systématique au leadership, moins axée sur la connaissance des techniques ou des processus que sur la gestion du changement et la réflexion transversale.

Des dynamiques comparables sont visibles en Suisse, bien que dans des contextes différents. L'intégration de Credit Suisse par UBS était avant tout un projet de leadership plutôt qu'un projet technologique ou axé sur le marché ; son succès peut être mesuré en termes de coordination, de communication et de stabilité. Chez On Holding, le fabricant de chaussures de course et de vêtements de sport en expansion internationale, la professionnalisation précoce de l'équipe de direction a permis une expansion mondiale. Au sein du groupe TX, l'entreprise de médias et de numérique, les rôles de direction ont été redéfinis afin d'intégrer plus fermement la prise de décision basée sur les données au sein de ses principales plates-formes d'activité.

L'idée maîtresse : le leadership n'est pas un accessoire de la transformation, mais son moteur central.

La flexibilité structurelle, une caractéristique des organisations modernes

Un autre signal concerne la mobilité interne. L'analyse du Fraunhofer utilise Spotify pour montrer à quel point un modèle d'équipes de produits autonomes peut être durable lorsqu'il s'inscrit dans des rôles, des responsabilités et des structures de partage des connaissances clairement définis. De tels modèles permettent d'accélérer le développement et l'ajustement stratégique sans tomber dans le désordre opérationnel.

En Suisse, la flexibilité organisationnelle est particulièrement évidente dans les entreprises de croissance axées sur la technologie. Beekeeper ne se contente pas de fonctionner de manière agile, elle exporte également cette logique à ses clients industriels. Scandit utilise un modèle d'organisation modulaire qui lie étroitement le développement de produits à l'orientation du marché. Chez Zurich Insurance, de nouvelles unités ont vu le jour ces dernières années, qui mettent sur le marché des produits numériques bien plus rapidement que ne le permettent les structures traditionnelles. Même les Chemins de fer fédéraux suisses ont progressivement remplacé les méthodologies de projet informatique conventionnelles par des architectures de mise en production agiles - un signe que les grandes organisations peuvent s'accélérer lorsque les processus sont délibérément repensés.
Le constat structurel est clair : les organisations se transforment non pas en dépit de la flexibilité, mais grâce à elle.

La maturité technologique comme mesure de la compétitivité

La technologie devient transformatrice lorsqu'elle est profondément ancrée dans les modèles d'entreprise. Schunk, le fabricant allemand de machines, en est un exemple : l'entreprise a introduit des jumeaux numériques dans l'ensemble de sa chaîne de valeur, ce qui permet de simuler les processus de développement et de production bien avant que les étapes physiques ne se produisent. Les gains de productivité ont été considérables et ont contribué à porter les recettes à 600 millions d'euros en l'espace d'un an.

En Suisse, la maturité technologique est l'un des facteurs de différenciation les plus clairs. Schindler, l'un des plus grands fabricants d'ascenseurs et d'escaliers mécaniques au monde, utilise des systèmes de maintenance basés sur l'IA pour réduire les temps d'arrêt. Holcim, le groupe mondial du ciment et des matériaux de construction, numérise les chaînes d'approvisionnement et le suivi du CO₂ sous la pression de la réglementation et de la demande du marché. ANYbotics, une spin-off de l'ETH, construit des robots autonomes pour les tâches d'inspection industrielle, remplaçant entièrement les processus traditionnels. Et de jeunes entreprises telles que Haya Therapeutics déploient l'IA directement dans les flux de travail de la recherche, raccourcissant considérablement les cycles de développement.

La conclusion générale est la suivante : la technologie utilisée comme un ajout est inefficace ; la technologie utilisée comme un principe structurel est productive.

Ce que la Suisse peut tirer des cinq signaux

L'analyse peut être résumée en trois observations pour la Suisse. Premièrement, la préparation à l'avenir est moins une question d'industrie que de structure organisationnelle : une entreprise industrielle peut être plus transformable qu'une société de logiciels si ses signaux internes sont alignés. Deuxièmement, les start-ups et les jeunes entreprises technologiques remplissent souvent les cinq signaux de manière intuitive, car elles opèrent sans contraintes héritées du passé ; leur proximité avec la recherche et les réseaux internationaux agit comme un accélérateur. Troisièmement, les entreprises suisses fortement intégrées au niveau mondial bénéficient d'une ouverture structurelle, c'est-à-dire de la capacité d'absorber et d'utiliser les impulsions extérieures de manière cohérente.

Pertinence pour les investisseurs et rôle des plateformes telles que Capiwell

Pour les investisseurs, l'analyse apporte une dimension supplémentaire qui va au-delà des mesures conventionnelles du bilan et du marché. Les cinq signaux - incitations, partenariats, leadership, flexibilité et maturité technologique - sont en forte corrélation avec la capacité d'une entreprise à se développer de manière résiliente en période d'accélération économique et technologique. Ils fonctionnent comme un indicateur structurel précoce.

Les plateformes d'investissement telles que CapiWell, qui permettent une allocation multi-actifs entre secteurs, régions et tailles d'entreprises, offrent un moyen de traduire ces signaux en stratégies investissables. Qu'il s'agisse de grandes capitalisations suisses, de moyennes capitalisations internationales ou de start-ups à forte croissance, la capacité de transformation peut s'exprimer à travers des véhicules d'investissement diversifiés. En ce sens, le changement structurel devient non seulement observable, mais aussi investissable.

Indice de transformation Fraunhofer

  • Qui la soutient ?
    Le Fraunhofer IAO fait partie de la Fraunhofer-Gesellschaft, la plus grande organisation européenne de recherche appliquée. Depuis des décennies, l'institut étudie la manière dont la technologie et la conception organisationnelle façonnent l'évolution des entreprises.
  • Ce que montre l'étude
    L'analyse s'appuie sur 250 000 publications scientifiques. À partir de ce corpus, les chercheurs ont identifié 31 modèles récurrents de transformation réussie, regroupés en cinq signaux : incitations, partenariats, leadership, flexibilité et technologie.
  • Comment l'interpréter
    Il ne s'agit pas d'un classement, mais d'un outil qui explique pourquoi certaines entreprises gèrent le changement de manière systématique, indépendamment de leur taille ou de leur secteur.
  • Pertinence pour la Suisse
    De nombreuses entreprises suisses reflètent ces mécanismes. Ainsi, la préparation à l'avenir devient plus mesurable.
  • Le point de vue de l'investisseur
    L'indice complète les mesures financières traditionnelles par un regard structurel sur l'évolution des entreprises. Des plateformes telles que CapiWell peuvent rendre ces signaux utilisables dans différentes classes d'actifs.
  • Accès au rapport complet
    Le rapport est accessible au public à l'adresse suivante : https://www.iao.fraunhofer.de (Research → Transformationsindex).

Références (APA, traduites)

  • Institut Fraunhofer pour l'ingénierie industrielle (IAO). (2025). Indice de transformation 2025 : Les moteurs structurels de l'évolution des entreprises. Société Fraunhofer.
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